Réussir une belle harmonie de couleurs

N’importe quel tableau a pour vocation première d’être agréable à regarder, cela va de soi. Et cette beauté visuelle se base essentiellement sur le choix et la répartition des couleurs : c’est ce qu’on appelle l’harmonie colorée.

Maurice Denis disait fort justement : 

“Se rappeler qu’un tableau – avant d’être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote – est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées”. 

Trouver les bons accords de couleurs, voilà le défi quotidien des artistes ! Et des choix de ceux-ci dépend réellement la réussite d’une œuvre. Pourtant, même si l’harmonie des couleurs est souvent vue comme une notion très théorique, en pratique, comme vous le verrez, elle n’est pas si compliquée 😉

Bien choisir ses couleurs

Tout le monde a entendu parler du cercle chromatique, mis définitivement au point à la fin du XIXème siècle, et qui classifie les couleurs en couleurs primaires, secondaires et tertiaires. Et bien, la théorie de l’harmonie des couleurs se base sur ce cercle chromatique

Il faut bien garder à l’esprit que le cercle chromatique est né d’une observation assidue de la nature et des jeux de lumière. Notre œil capte un si grand nombre de sensations colorées, que les scientifiques et les artistes ont cherché un moyen de classifier les couleurs pour les rendre plus compréhensibles et plus exploitables. Pour ceux qui s’intéressent particulièrement à la notion de couleur, cet autre article est fait pour vous 😉

La théorie de l’harmonie des couleurs, basée sur le cercle chromatique, lui-même inspiré de la nature, est donc elle aussi basée sur la nature. Et nous ? Ne vivons-nous pas depuis toujours au sein de la nature ? Trouver une belle harmonie de couleurs ne devrait-il donc pas être inné ?

Oui… et non 😉

Le rôle de l’intuition

Pour revenir à la peinture, quand nous recherchons quelles couleurs associer sur nos tableaux, l’intuition est la première faculté à laquelle on fait appel. Instinctivement, plusieurs couleurs dont l’association nous a plu par le passé reviennent à la surface et conditionnent nos choix. Par ailleurs, vous remarquerez que les belles associations de couleur sont toutes présentes dans la nature. En quelque sorte, c’est elle notre modèle absolu. Chez elle, pas de fausse note.

Voyez ces quelques exemples…

Première approche donc : observer et s’inspirer de la nature.

Mais ce n’est pas tout. Car l’intuition concerne tous les individus depuis la nuit des temps. L’invention du cercle chromatique et de l’harmonie des couleurs a permis de compléter cette intuition, de la confirmer et même de l’améliorer. Mais la théorie doit tenir le second rôle, il me semble.

En réalité, les règles de l’harmonie des couleurs sont très employées dans les domaines de l’illustration, du graphisme, de la mode, de la photo, de la décoration d’intérieur etc… car elles permettent d’obtenir des accords de couleurs qui plaisent à la plus grande majorité des gens. Dans la peinture artistique, ces règles peuvent s’avérer bien pratiques mais ne doivent pas selon moi trop conditionner nos choix et notre créativité.

Allons, place à la théorie !

La règle des accords de couleurs se base essentiellement sur un nombre limité de couleurs. Sachant qu’on entend par couleurs une teinte et non une nuance. Par exemple, un orange très saturé, un orange très foncé (presque brun), un gris coloré orangé, ou un orange pâle, comptent pour une seule et même couleur. Ci-dessous un cercle chromatique plus complet pour comprendre la notion de couleur et de ses différentes puretés (on dit qu’éclaircir ou foncer une couleur en altère la pureté. Et que saturer une couleur la fait aller du plus grisâtre au plus intense.)

Les 4 différentes harmonies de couleurs :

  • Le camaïeu : L’harmonie est basée sur une seule et même couleur qui est foncée, éclaircie, et présente à différents degrés de saturation.
Peinture monochrome : Saltash with the water ferry, William Turner, 1811
  • L’harmonie par analogie : Il s’agit de l’utilisation des couleurs se juxtaposant sur le cercle chromatique.
Paysage au disque, Robert Delaunay, 1906

 

Ces deux premières harmonies de couleurs présentent l’avantage de la facilité et de la réussite à coup sûr. Cependant, elles peuvent être à l’origine d’une certaine monotonie du tableau car les gammes de couleurs sont très limitées.

  • L’harmonie par les couleurs complémentaires : Couleurs directement opposées sur le cercle chromatique, ce sont les plus couramment utilisés pour former des harmonies colorées. Leur association est sûre et forme toujours des contrastes heureux.
Impression, soleil levant, Claude Monet, 1872

 

Mais là encore, l’utilisation de deux couleurs uniquement peut paraître mince pour la composition d’un tableau. D’où l’intérêt des accords de couleurs suivants qui découlent des couleurs complémentaires.

  • Les accords géométriques : on insère une figure géométrique dans le cercle chromatique. Les pointes des figures indiquent les couleurs en harmonie :

 

    • Triangle isocèle : Deux couleurs proches sur le cercle chromatique s’opposent à une troisième située à l’opposé.
Souvenir de Mortefontaine, Camille Corot, 1864
    • Triangle équilatéral : les trois couleurs en harmonie sont à égale distance les unes des autres.
Marylin Blue, Andy Warhol, 1964
    • Carré : Quatre couleurs rentrent en piste. En réalité, il s’agit de de deux jeux de complémentaires.
Autoportrait à l’oreille bandée, Van Gogh, 1889
    • Rectangle : Deux couleurs proches sur le cercle, opposées à deux autres couleurs proches
Nature Morte, Paul Cézanne, 1892-94
    • Pentagone, etc… il en existe beaucoup d’autres mais vous avez compris le principe 😉. Il faut en revanche garder à l’esprit que plus on peint avec un grand nombre de couleurs, plus il est difficile d’obtenir une belle harmonie.

La répartition des couleurs

Une fois qu’on a trouvé quelles couleurs associer, il faut veiller à bien doser celles-ci et à les répartir de façon équilibrée sur la toile. Là encore, il existe quelques règles pour guider notre travail.

Parmi les couleurs de base de notre harmonie :

  • Une couleur sera dite « dominante », et ses différentes nuances couvriront la surface la plus importante de la toile. Les exemples exposés dans la partie précédente sont très parlants à ce sujet.
  • Une ou plusieurs couleurs seront définies comme « intermédiaires » et couvriront une surface moins importante que la dominante.
  • Une ou plusieurs couleurs plus « toniques » rehausseront l’ensemble en venant apporter un éclat de couleur. Elles ne recouvriront qu’une toute petite partie de la surface du travail.

En règle générale :

  • Les couleurs dominantes et intermédiaires ne seront pas appliquées saturées ; c’est-à-dire qu’on veillera à ce qu’elles ne soient pas trop intenses.
  • La couleur tonique, comme son nom l’indique, sera quant à elle la plus intense !

Pour résumer

Vous avez certainement compris, à la lecture de cet article, que les lois sur l’harmonie des couleurs ne sont pas à prendre au pied de la lettre. Ce sont des guides qui ont pour objectif, encore une fois, de venir confirmer une intuition, une inspiration. Malgré, le fait qu’on ait mis des expressions savantes sur certains accords de couleurs (du style « accords géométriques »), ceux-ci laissent une infinie de possibilités. Rien n’est purement scientifique, et tous les accords de couleurs n’ont certainement pas encore été tous exploités !

Et pourquoi ne pas prendre quelques minutes de son temps et s’amuser à découvrir, à l’aide de son cercle chromatique et de quelques figures géométriques découpées à la va-vite, quelques accords de couleurs insoupçonnés ? Juste pour le fun 😉. Les résultats sont parfois étonnants !

 Pour terminer sans vous laisser la tête pleine de règles et conseils sens dessus-dessous, ne retenez que ceci :

  • Fiez-vous d’abord à votre intuition quant au choix des couleurs. En second lieu, la théorie de l’harmonie des couleurs viendra la confirmer ou la compléter.
  • N’utilisez jamais trop de couleurs différentes pour une meilleure lisibilité de l’ensemble.
  • Employez des couleurs neutres par endroits (=des gris colorés), afin de reposer le regard.
  • Les couleurs les plus intenses ainsi que les plus gros contrastes doivent être réservés pour le sujet principal du tableau, car ils attirent naturellement le regard.
  • Il est toujours plus agréable qu’un tableau ait une couleur dominante.

Comme pour la technique, la maîtrise et la compréhension des couleurs demande du travail et de la pratique ! 😉

J’espère que cet article vous a aidé, dites-le moi en commentaire !

A bientôt 😊

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