Peut-on peindre sans savoir dessiner ?

Mmh la question peut paraître évidente, et au premier abord tout le monde se dit : «  Non, bien sûr, on ne peut pas peindre sans savoir dessiner ! Ces deux disciplines marchent ensemble, et l’une complète l’autre. Autant le dessin peut se passer de la peinture, autant la peinture ne peut se passer du dessin ! »

Mais est-ce bien vrai ? N’est-ce pas parce que peinture et dessin sont tous deux des arts graphiques qu’on les met dans le même panier ? Pourtant on distingue bien un dessinateur d’un artiste peintre. Encore que… ce n’était pas le cas auparavant ! Tout peintre était dessinateur !

Il y a quelques siècles…

Il faut savoir qu’au XVIIème siècle la Querelle de la Couleur opposait les partisans de la peinture et ceux du dessin, comme s’il s’agissait de deux techniques en opposition. La question était de savoir lequel, de la couleur ou du dessin, était le plus important dans la réussite d’un tableau. Le dessin est la raison qui donne un sens à l’ensemble, et la couleur est l’émotion pure qui donne l’éclat. Certains affirmaient que le dessin n’était que l’appui de la couleur, et d’autres que celle-ci n’était que l’appoint du dessin. Il faut alors comprendre l’état d’esprit qui animait nos anciens : leur objectif était de découvrir comment créer l’oeuvre d’art parfaite, celle qui représente le beau et l’harmonie par excellence. De quoi cette beauté idéale dépendait-elle, du graphisme ou de la couleur ? Telle était la question.

Cependant un dessin sans mise en couleur n’était pas considéré comme une œuvre d’art aboutie. Depuis longtemps le dessin n’était destiné qu’à servir d’étude pour un projet supérieur en peinture, sculpture, architecture etc… Toute œuvre d’art commençait par un dessin poussé donnant une idée précise de la réalisation finale. On ne pouvait se passer du dessin au trait, mais on ne le considérait pas comme une fin en soi.

De fait, dans l’histoire de la peinture, tous les grands Maîtres se sont entraînés à dessiner leurs sujets par des études visant à perfectionner leur coup de crayon, en fonction des commandes qu’ils avaient à effectuer. Aujourd’hui, compte tenu de la valeur artistique qu’on leur a découverte, ces dessins sont exposés dans les musées. Mais à l’époque, ils restaient bien au chaud au fond des ateliers ! Voici quelques exemples, respectivement de Léonard de Vinci, Poussin, Delacroix, et Ingres.

Au XIXème siècle, quelques peintres réfractaires à l’Académisme se concentrèrent davantage sur le travail de la couleur plutôt que sur celui du dessin, privilégiant la perception colorée plutôt que la description des formes. Ce fut là tout le travail des Impressionnistes, qui engendra les grands mouvements coloristes du XXème siècle. (Bon… cet article n’étant pas sur l’histoire de l’art, je résume forcément 🙂 Pour finir, l’art abstrait fait abstraction de tout dessin, laissant une grande liberté à l’artiste alors délivré de toute contrainte.

Revenons à nos crayons…

Peut-on apprendre à peindre sans savoir dessiner au préalable ?

Nous sommes d’accords que dans le cadre d’une peinture figurative, c’est à dire une peinture réaliste dont le sujet est une forme identifiable à la réalité qui nous entoure (personnages, animaux, objets, nature, paysage etc) la notion de dessin rentre forcément en jeu. Ceci contrairement à l’art abstrait ou conceptuel, où l’objectif est davantage d’exprimer des sensations. Le sujet de l’oeuvre doit être reconnaissable pour le spectateur et donc se baser sur un minimum de tracés (effectués au crayon ou au pinceau) : le dessin permet alors de positionner sur la toile les contours et/ou détails du sujet ou objet en fonction du résultat souhaité.

Il est indéniable que savoir dessiner est un véritable atout et un gain de temps certain dans ces conditions !

La peinture abstraite est bien moins exigeante à ce niveau-là, car elle se base essentiellement sur l’harmonie et l’attrait des couleurs, ainsi que sur l’équilibre de l’ensemble.

Une question demeure : Jusqu’à quel point faut-il savoir dessiner pour réaliser du figuratif ?

Pas de fausses idées

Attention: savoir dessiner ne signifie pas maîtriser parfaitement la représentation visuelle de tous les éléments de notre planète sous tous les angles possibles ! Même les plus grands dessinateurs ont besoin de s’entraîner souvent ! De plus chacun a son univers et ses sujets de prédilections. La pratique et l’habitude aiguisent le sens de l’observation et permettent, à la longue, de poser le trait juste du premier coup et de repérer les anomalies de proportions ou de perspective.

A force d’entraînement et de croquis dans les marges de nos cahiers scolaires n’avons-nous pas tous acquis une expertise dans un motif spécifique ? 🙂 pour ma part j’étais imbattable sur les profils^^

Alors oui, la pratique du dessin est, je pense, essentielle pour réaliser des peintures figuratives. Mais pas de panique ! Est ce que cela signifie qu’on ne peut pas commencer la peinture avant de savoir dessiner ? Non bien sûr, et heureusement. On n’est pas obligés de commencer par peindre le portrait en pied d’un groupe de dix personnes 😉

Qui dit dessin dit souvent réalisme. Mais il existe plusieurs niveaux de réalisme ! Par exemple l’hyperréalisme demande beaucoup de compétences techniques en dessin car celui-ci doit être très poussé. De même réaliser un paysage ne réclame pas les mêmes compétences que la réalisation d’un portrait. Et encore, réaliser un paysage selon Poussin n’est pas la même chose qu’un paysage selon Van Gogh.

Paysage de Nicolas Poussin

Ce dernier, qui est un des plus grands peintres coloristes de tous les temps, met l’accent sur… vous l’aurez deviné… la couleur 🙂 et le résultat est fabuleux ! Une esquisse préparatoire très simple et stylisée, mais bien exploitée par la couleur peut donner un résultat magnifique. Ce qui le distingue est le choix de ses couleurs et sa touche allongée si unique !

Cyprès de Van Gogh, 1889

Au final on ne se pose même pas la question de savoir si Van Gogh savait dessiner 🙂

Alors pourquoi vous aussi, si vous manquez de pratique du dessin, ne pas vous lancer dans un tableau qui ne réclamera qu’un croquis préparatoire très simple, mais sur lequel vous pouvez jouer avec les couleurs et les contrastes ?

Se donner toutes les chances

Cependant, et je vais peut-être me faire des ennemis en disant ça, tout le monde n’a pas le style de Van Gogh 🙂 et l’important est de se donner la possibilité d’épanouir son art dans un style qui nous correspond. La question n’est pas de se définir un style en amont et ensuite de limiter sa pratique du dessin en fonction, mais plutôt de se former et s’entraîner sans cesse pour se donner toutes les chances de faire parvenir son art à maturité. Mettre plusieurs cordes a son arc permet d’évoluer sereinement au gré de son inspiration sans être sans cesse bloqué par un manque de pratique en dessin. Ce qui serait dommage.

Vous pouvez arriver à de magnifiques résultats sans savoir dessiner, mais dans le futur vos possibilités resteront limitées. Donnez-vous cette chance de faire évoluer votre style en tentant d’aller toujours plus loin dans l’apprentissage !

Trois règles de base à assimiler en dessin

Pour acquérir une certaine « compétence technique » en dessin, il faut assimiler des règles de base indispensables pour une progression rapide et un dessin juste et réaliste. En voici trois principales :

  • Les techniques de la perspective positionnent les sujets ou objets dans l’espace en donnant l’illusion de la profondeur. Ces notions sont essentielles pour augmenter le niveau de vos réalisations ! 
  • La technique de décomposition des formes  permet de représenter plus facilement des formes complexes comme des silhouettes humaines. En simplifiant les volumes on a une vue d’ensemble sur les proportions. Le détail des contours ne se réalisent qu’à la fin.
  • Connaître l’échelle des valeurs permet de donner du volume à un dessin en plaçant les ombres et les lumières de façon cohérente. L’intensité d’une ombre ne s’évalue qu’en comparaison à une autre ombre, et on ne juge de l’éclat d’une lumière qu’en la comparant à une autre zone lumineuse.

Quelques astuces

Alors bien sûr, cet article ne peut se terminer sans vous avoir livré quelques règles d’or pour progresser en dessin afin de mettre vos connaissances techniques au service de votre inspiration, et non l’inverse !

  1. Ayez un carnet de croquis, et… croquez ! Tout ce que vous voyez, tout ce que vous aimez, tout ce qui vous entoure. Partez vous promener quelques minutes, asseyez-vous quelque part, et dessinez, sans réfléchir trop longtemps à ce que vous prendriez comme modèle. Ça paraît un peu contraignant au début, mais vous reviendrez contents de ce que vous avez fait. Et en plus….ça repose l’esprit !
  2. Ne regardez pas vos croquis de trop près. Au début ils seront maladroits et c’est NORMAL ! Le sens de l’observation se travaille, mais bonne nouvelle, c’est le cerveau qui fait le travail. Votre esprit s’adapte de plus en plus à ses nouvelles contraintes. Au bout de quelques entraînements, regardez à nouveau vos tout premiers croquis, vous aurez déjà progressé ! N’est-ce pas gratifiant ?
  3. Travaillez les trois points qui servent de base au dessin, et que j’ai mentionnés plus haut. Assimilez-les progressivement. Perspective, géométrisation et échelle des valeurs. J’y consacrerai des articles dans les temps qui viennent.
  4. Bien évidemment, il ne s’agit pas de passer un temps à apprendre le dessin, et ensuite de passer à la peinture. Les deux se font simultanément. Si vous envisagez de peindre un cheval par exemple, c’est le moment ou jamais pour apprendre à en dessiner afin de réaliser le plus beau tableau possible ! N’oubliez pas que même les plus grands peintres réalisent plusieurs esquisses préparatoires avant de passer à la mise en couleur !
  5. Apprendre dessin et peinture simultanément ? Ça fait pas un peu beaucoup ? Tout est une question de gestion du temps. Croquer ne serait-ce que 2 min par jour est une habitude à prendre. Mais une fois qu’elle est prise… vous ne vous arrêterez plus 🙂 Courage, vous en verrez rapidement les fruits ! 

Des moyens alternatifs

La question ultime : « et si je me trouve privé de temps pour apprendre à dessiner ce que je souhaite peindre ensuite, n’y a-t-il pas un recours ? »

Bien sûr, voici quelques techniques de report d’un motif sur une toile 

1ère astuce : Le papier calque, oui oui je sais vous connaissez 😉 mais on ne peut pas ne pas le mentionner ! 

2ème astuce : Le papier carbone. Ou si vous n’en avez pas, faites ceci : imprimez votre modèle sur une feuille et crayonnez grossièrement tout l’envers avec du fusain. Puis appliquez la feuille dos contre la toile. Passer au crayon sur les contours du motif, celui-ci « s’imprimera » alors sur la toile !

3ème astuce : Quadrillez votre modèle avec des carrés (très important !), et quadrillez votre support de la même façon. Reportez trait pour trait ce que vous voyez dans chaque carré.

Au final, pour résumer, la nécessité de savoir dessiner dépend largement du style que l’on souhaite reproduire dans ses œuvres. Mais travailler ses compétences en dessin développe les possibilités de faire évoluer son art ! A vous de faire le bon choix 😉

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