La perspective aérienne, ou comment représenter le lointain

Non, non ce n’est pas parce que le mot « perspective » apparaît dans le titre que cet article va parler de lignes de fuite ou de points de distance, de calculs et de mesures. 🙂 Il existe une autre sorte de perspective, un peu moins connue mais si essentielle : la perspective aérienne ou atmosphérique, qui permet l’illusion de la profondeur dans la représentation d’un paysage avec le seul contraste des couleurs.

La technique picturale de la perspective atmosphérique part d’un constat simple : plus on regarde vers le lointain, plus les couleurs semblent pâlir et s’estomper à l’horizon. Dans le très très lointain, les éléments nous paraissent presque bleus, comme s’ils se fondaient avec le ciel. Nous l’avons tous constaté au moins une fois à la montagne, quand arrivés au sommet d’une crête, notre regard s’étendait à perte de vue dans un ciel dégagé.

Comment ce phénomène s’explique-t-il ?

Et oui, c’est scientifique ! Nous savons tous que l’atmosphère, l’air qu’on respire, est chargée de micro-gouttelettes d’eau qui, en fonction de leur quantité, déterminent le taux d’humidité. Avec la distance, la quantité d’air chargée en humidité qui sépare notre regard et l’élément observé s’accumule, formant comme un voile de plus en plus opaque. Plus on s’éloigne, plus l’horizon prend la couleur de ces gouttelettes qui à leur tour reflètent le ciel. Ce qui nous donne l’illusion que les montagnes sont bleues au loin, tout simplement !

La perspective atmosphérique tente de reproduire ce phénomène dans la représentation du lointain en dégradant progressivement les couleurs et les contours en direction de l’horizon.

Au delà d’un souci de réalisme, la technique picturale utilisant la perspective atmosphérique est basée sur une illusion d’optique. Chaque couleur agit sur notre inconscient et crée une sensation particulière, voire une émotion. Bon, laissons aux scientifiques les explications plus poussées sur le pourquoi du comment, et basons-nous sur l’expérimental et sur ce que nous pouvons tous constater. 🙂

Pour cela, tâchons de comprendre certaines caractéristiques de la couleur.

Couleurs chaudes, couleurs froides

On peut diviser les couleurs en deux catégories : les couleurs chaudes, et les couleurs froides.

Pourquoi les appelle-t-on ainsi ? Certainement parce qu’elles rappellent, pour l’une, la chaleur du feu, et pour l’autre, la neige ou la glace. Et de fait, notre inconscient associe probablement ces couleurs à ces éléments. Par exemple dans un intérieur, un tapis aux nuances de rouge apportera un côté chaleureux et accueillant, ce que n’apportera pas un tapis bleu. Encore qu’il existe des bleus « chauds »…mais nous n’en sommes pas encore là. 😉

On appelle généralement une couleur contenant du bleu une couleur froide, et une couleur contenant du rouge une couleur chaude. Cependant, dans une peinture, chaque couleur ne peut être vraiment déterminée chaude ou froide que par rapport à une autre. Vous me suivez ? 😉 Tel bleu est plus froid que tel autre, tel jaune plus chaud que tel autre, etc.

L’expérience montre qu’une couleur froide (donc contenant du bleu !) donne une sensation de lointain ! De même une couleur chaude donne une sensation de proximité.

Exemple : dans les deux carrés ci-dessous, le fond et le cercle rouges se détachent du fond et semblent être plus proches de nous que ne le sont les éléments bleus. Vous remarquerez également que la couleur bleue est plus claire que ne l’est la couleur rouge : le bleu a été mélangé à du blanc, ce qui a donné du bleu ciel. En revanche le rouge n’a subi aucun mélange pour être éclairci.

De là, nous pouvons tirer deux conclusions :

  • Un élément coloré avec une couleur chaude paraît plus proche qu’un autre coloré avec une couleur froide.

  • Pâlir une couleur en lui ajoutant du blanc nous la fait percevoir plus éloignée. A contrario une couleur saturée attire en premier notre regard.  

Une couleur saturée ? Qu’est-ce donc ? 

C’est une couleur qui est vive et intense, qui a tout son potentiel coloré. A l’inverse, une couleur peu saturée va apparaître terne et grise. En pratique picturale, pour conserver une couleur saturée on évite de lui ajouter du blanc ou du noir. Ci-dessous pour mieux comprendre le principe de la saturation d’une couleur, voici un dégradé de rouge allant du plus saturé(en haut) au moins saturé (en bas).

Et la perspective dans tout ça ? 

Revenons-en au sujet de cet article… 🙂 Le principe de la perspective aérienne est donc, dans un paysage, de donner l’illusion de la profondeur en distinguant les différents plans par l’éclaircissement progressif des couleurs et l’estompage des contours. On placera des couleurs chaudes et saturées sur les éléments que nous souhaitons les plus proches de l’observateur, c’est à dire au premier plan. On placera les couleurs qui “éloignent”, plus pâles et plus froides à l’arrière-plan.

En pratique, au premier plan, les couleurs sont intenses, foncées, et le contour est net. Dans les plans intermédiaires, les couleurs se grisent légèrement et ont tendance à devenir plus froides. Les contours d’estompent progressivement. A l’arrière-plan, les couleurs sont très claires et bleutées, et on ne perçoit plus aucun détail.  

Ces règles principales régissant la perspective atmosphérique sont bien sûr laissées à la libre interprétation du peintre. Vous pourrez voir dans les exemples suivants que chaque artiste joue d’une manière différente avec les couleurs ou les contours, et met l’accent sur l’un ou l’autre aspect. Il faut retenir que dans tous les cas, l’illusion de la profondeur est basée sur les contrastes entre le premier et le dernier plan, effets dégradés au fur et à mesure des plans intermédiaires. A vos lunettes ! 🙂   

Les exemples valent plus que les mots

Paysage de Joos de Momper (1564-1635)

Paysage d’hiver avec patineurs et trappe aux oiseaux, 1565, Pieter Brueghel le Jeune (1565-1636)

Mer de Glace, 1823-1824, Caspar David Friedrich (1774-1840)

Le Parthénon,1871, Frederich Edwin Church (1826-1900)

Tintern Abbey, 1872, Benjamin Leader (1831-1923)

Dans le jardin à Argenteuil, Claude Monet (1874-1879)

Mont Sainte Victoire et Viaduc de la Vallée de l’Arc, 1882-1885, Cézanne (1839-1906)

Champ de blé avec des cyprès, 1889, Vincent Van Gogh (1853-1890)

Vue d’un oiseau, 1889, Théodore Robinson (1852-1896)  

Don Quichotte de la Mancha, Salvator Tusell (1894 – ?)

En espérant que cet article vous a aidé, n’hésitez pas à laisser un commentaire. 🙂 

Partagez autour de vous !
  •  
  • 1
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
    1
    Partage
  •  
    10
    Partages
  • 9
  •  
  • 1
  •  
  •  

Laisser un commentaire

Fermer

Profitez de votre visite pour recevoir mon guide sur la Perspective :-)