Connaissez-vous bien les différents jaunes ?

Si vous le voulez bien, nous commencerons cet article de la même façon que celui sur les différents bleus, par un petit jeu : saurez-vous donner un nom de couleur précise aux nuances de jaunes ci-dessous ? 

les différents jaunes

Peut-être avez-vous trouvé certaines de ces appellations :

 

Peut-être plutôt celles-ci :

Ou même d’autres appellations encore, qui correspondent mieux à ce que vous connaissez. Pour ne pas me répéter, vous trouverez dans l’article sur les différents bleus, la raison d’une si grande variété de termes employés pour désigner une nuance de couleur.

Pourquoi connaître les pigments jaunes :

Petite piqûre de rappel : le pigment est la poudre sèche d’origine minérale, organique ou synthétique, qui donne sa couleur à une peinture. Il est issu du broyage d’une substance, et se mélange au liant, huile, acrylique, gomme arabique ou autre, afin d’obtenir la peinture. 

Vous avez déjà remarqué que la teinte de certains jaunes se ressemblait beaucoup, au point de se confondre parfois. Les différences résident dans la nature du pigment, dont dépendent sa luminosité, sa transparence, son pouvoir colorant et sa stabilité dans le temps. Cela est vrai pour toutes les couleurs mais d’autant plus pour la couleur jaune, qui, étant la couleur lumineuse par excellence, est aussi la moins forte dans un mélange et la plus sujette au ternissement dans le temps. 

[C’est pour cela que, dans un mélange avec du jaune, il est conseillé d’ajouter progressivement les autres couleurs du mélange au jaune plutôt que l’inverse.]

L’importance de la connaissance des différents pigments jaunes permet, au delà de la nuance, d’adapter son choix en terme de pouvoir colorant, transparence, luminosité… et prix 🙂

Les pigments jaunes incontournables :

Les jaunes de cadmium : code pigment PY35, PY37

Sulfure de cadmium, ou sulfure de cadmium et de zinc, les jaunes de cadmium sont des pigments minéraux mis au point en 1829, et qui proposent différentes teintes : citron, pâle, clair, moyen, foncé, orangé. Ils sont opaques et ont un bon pouvoir colorant. Ils sont intenses et saturés, ce sont d’excellents auxiliaires, notamment pour réaliser des mélanges opaques aussi bien vifs que sourds.  

Les jaunes de cadmium véritables PY35 et PY37 sont onéreux, c’est pourquoi on trouve souvent des imitations de jaune de cadmium formulées à base de pigments jaunes arylides (Hansa) ou benzimidazolones, qui imitent la teinte du véritable sans toutefois posséder tout à fait la même opacité. 

Imitations de jaune de cadmium par des pigments inorganiques de synthèse (voir plus loin)

Le jaune nickel ou nickel titane : code pigment PY53

Pigment ¨PY53 jaune de nickel

Il s’agit d’un jaune tirant sur le jaune clair froid, moins vert cependant que le jaune pridérite PY157. Sa couleur est délicate et permet de réaliser des demi-teintes raffinées surtout pour formuler des verts. Un de ses grands atouts est son opacité qui le rend très intéressant pour placer des lumières, notamment dans un paysage. A découvrir si vous ne le connaissez pas déjà (ne vous fiez pas trop à la photo )!

Le jaune de bismuth : code pigment PY184

Pigment jaune de bismuth PY184

Il s’agit d’un jaune citron opaque, vif et permanent, plus qualitatif que le PY3 qui est très souvent utilisé en jaune citron (car moins cher…).

Les jaunes organiques de synthèse :

Ce sont des pigments fiables, performants, et bon marché, notamment très présents dans les imitations de pigments précieux, épuisés ou toxiques. C’est pourquoi on les retrouve très souvent dans la formulation de la plupart des nuances de jaune. On distingue :

  • Les jaunes Hansa : codes pigments PY1, PY3, PY65, PY73, PY74, PY94, PY97

 Leur teinte varie du jaune vert au jaune orangé. Ils sont semi-transparents, teintants, semi-permanents (on leur préfère souvent les jaunes de cadmiums ou benzimidazolone pour la résistance et la stabilité de la couleur et de l’aspect dans le temps). Ils sont purs, vifs, lumineux, et…peu onéreux. Le PY1 est le moins résistant à la lumière et le moins lumineux, mais aussi le moins cher. Ces pigments permettent des mélanges propres avec de belles teintes, surtout avec d’autres pigments organiques.

PY1 : nuance claire, PY3 : citron (plus intense qu’un cadmium de même teinte), PY65 : foncé, saturé, PY73/74 : vif tirant sur le orangé, très colorant, PY94 : moyen.

Pigment jaune Hansa PY74

Ils servent notamment dans la formulation des jaunes primaires. 

  • Les jaunes benzimidazolone : code pigment PY151, PY154, PY155, PY175.

Ce sont des pigments jaunes azo aux teintes relativement neutres, voire à tendance citron pour le PY175, plus stables et durables que les jaunes Hansa. Ils sont semi-transparents, moyennement teintants, et plutôt clairs. Leur couleur est délicate.
 
Pigment PY154 jaune benzimidazolone
  • Les jaunes azomethine PY129 et PY150

PY129 : Ce jaune vert doré très lumineux est transparent et d’un bon pouvoir colorant.  Dilué il est plutôt jaune vert et en ton plein vert jaune. 

PY150 : vif et moyennement teintant, il est souvent utilisé dans l’imitation du jaune indien et du stil de grain jaune. Pour les aquarellistes, le PY150 est parfois le gomme-gutte (comme le PY153 : jaune dioxine de nickel).

 
On distingue encore, sans trop rentrer dans les détails pour ne pas vous perdre 😉
  • Les jaunes diarylides ou disazoïques : code pigment PY83 (jaune transparent à tendance orangée), PY17, PY128… 
  • Jaunes isoindolinones : PY110, PY139, PY185… Semi-transparents. Jaune rougeâtre ou jaune verdâtre au bon pouvoir colorant.
  • Jaunes de quinophtalone : PY138…
  • Jaunes anthraquinoniques : PY108…

Dans le commerce vous trouverez rarement ces jaunes sous ces noms-là. Mais ils sont derrière la formulation de nombreuses célèbres teintes. 

Quelques nuances de jaune incontournables :

Le jaune de Naples, ou jaune d’antimoine : 

A l’origine issu d’une roche volcanique de la région napolitaine, c’était un mélange d’oxydes d’antimoine et de plomb dont les nuances pouvaient varier, du jaune soufre au jaune rosé. Son pouvoir colorant était plutôt faible.  Mais, ce pigment étant toxique, on ne trouve que des imitations de cette teinte traditionnelle unique, à base de jaunes Hansa et benzimidazolone, et de blanc. Ces imitations sont plus ou moins réussies, et l’appellation de jaune de Naples désigne maintenant davantage un jaune pâle lumineux et nuancé qu’une composition chimique. Mais cette appellation est très courante donc il est utile de la souligner ! A vous de voir en fonction des marques si une nuance vous séduit particulièrement ! Pour ma part, le jaune de Naples de Sennelier à l’huile m’a convaincu 😉

Le jaune auréoline ou jaune de cobalt PY40

Il désigne un jaune moyen, très transparent, à la belle teinte lumineuse. Il est peu teintant, ce qui le rend peu économique dans les mélanges. La toxicité et le prix élevé du pigment d’origine l’ont remplacé par des jaunes benzimidazolones ou isoindolinones, plus performants. Mais on trouve encore du véritable pour les techniques à l’eau. 

Pigment PY40 auréoline. Crédit photo И.С. Непоклонов

Le jaune indien

A l’origine extrait de l’urine de vaches nourries aux feuilles de manguier, le jaune indien désigne une couleur d’un jaune très chaleureux, lumineux et transparent, plus ou moins orangé en fonction des fabricants. Il est très intéressant à utiliser notamment pour représenter la lumière d’un soleil couchant. Il est peu teintant dans les mélanges.  

Introuvable aujourd’hui, cette teinte mythique est obtenue (plus ou moins fidèlement) avec des jaunes Hansa PY65 ou des jaunes nickel azo PY150 ou dioxine de nickel PY153, ou isoindolinone PY129, ou jaune azomethine PY129. Privilégier le PY153 pour se rapprocher le plus de la teinte initiale. 

-“Et l’ocre jaune”? Et bien cet article est tellement long que l’ocre jaune passera dans l’article sur les terres 😉 

Pour résumer : 

J’espère avoir brossé à grands traits l’univers des jaunes d’une façon suffisamment synthétique pour être claire. Bien sûr, c’est loin d’être exhaustif et j’ai encore beaucoup de choses à apprendre sur la question.

Avec tous ces PY.. quelque chose, certains auront sûrement des maux de tête…;) S’il n’y a qu’une seule chose à retenir : ne nous laissons pas déstabiliser par la multitude des appellations de jaune sur les tubes de peinture telles que : jaune permanent, jaune brillant, jaune clair etc… Regardons les étiquettes : la plupart des couleurs sont formulées à base de mélanges de pigments organiques de synthèse.

Privilégions les couleurs monopigmentaires, et faisons des mélanges pour obtenir la nuance recherchée. 

  • Pour un jaune citron : PY3, ou PY184, PY175, PY129(vert)…
  • Pour un jaune neutre : PY74, PY97, PY151, PY154, nuance de PY35…
  • Pour un jaune chaud : PY65, PY153, PY83, PY110, nuance de PY35, nuance de PY150…
  • Pour un jaune pâle lumineux : PY53…
  • Pour un jaune opaque : PY184, PY53, PY35, PY37…

J’hésite à faire une interro surprise la prochaine fois…

A bientôt 😉

 

 

 

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