Connaissez-vous bien les différents bleus ?

La très grande variété des nuances dans la gamme chromatique des bleus rend la tâche ardue… Pour l’illustrer, si vous le voulez bien, cet article commencera par un petit jeu 🙂 Pouvez-vous attribuer un nom de couleur précise aux différents bleus que vous voyez ci-dessous ?

Voici la réponse :

En réalité, dans la plupart des cas, même si vous connaissez vos couleurs, vous aviez en tête le nom d’un autre bleu que celui indiqué dans la réponse, n’est-ce pas ?

Vous aviez raison, car les réponses suivantes auraient été tout aussi justes, et même plus adaptées au monde de la peinture. Et elles ne sont pas exhaustives !

 

Comment expliquer cette variété de noms ?

  • En fonction du domaine d’activité, le décor, les beaux-arts, la mode, la physique-chimie etc., les différentes nuances de bleus peuvent changer de nom. Le terme “bleu pétrole” est par exemple issu du monde de la mode. 
  • Pour une même couleur, il existe aussi plusieurs appellations, qui proviennent de plusieurs horizons : du matériau d’origine, de son histoire, du nom de l’inventeur, du fabricant de couleurs, de l’usage qu’on en fait etc.
  • Une même couleur peut comporter plusieurs nuances possédant chacune une appellation spécifique… Cette nuance peut être appelée par le nom de la teinte ou celui de la nuance. 

Quel méli-mélo n’est-ce pas ? 🙂

En bref :

Il n’est guère de domaine peut-être où le vocabulaire populaire ou le vocabulaire de métier ait eu à subir autant de débordante fantaisie que celui de la couleur. »

— Déribéré 2014, p. 7 « Vocabulaire et terminologie ».

Les bleus que rencontre le peintre :

Remettons-nous d’abord dans le contexte du peintre qui cherche à connaître les différents bleus utilisés en peinture, et proposés par les fabricants.

Quand vous arrivez dans le rayon des couleurs bleues, vous avez le choix entre : Bleu de Prusse, bleu d’indanthrène, bleu de cobalt foncé ou clair, bleu outremer français, bleu winsor, bleu céruléen, bleu de manganèse, bleu turquoise, bleu turquoise de phtalo, bleu indien, bleu ciel clair ou foncé, bleu azur, bleu rois, bleu indien, bleu hortensia, bleu hoggar, bleu Guimet, bleu indigo, bleu espace, bleu saphir, bleu smalt, bleu brillant, bleu océan, bleu pourpre, bleu phtalocyanine, bleu de sèvres, bleu primaire, bleu lagon, bleu faïence, bleu anthraquinone, bleu clair, bleu marine… et j’en passe 🙂

Les pigments bleus incontournables à connaître

Les bleus les plus incontournables sont les principales nuances de bleu, celles que l’on obtient à partir d’un seul pigment, d’une seule substance à l’origine. Mélangés entre eux ou fabriqués en dérivés, ils sont à l’origine de presque toutes les autres teintes de bleu. (Pour rappel : le pigment est la poudre sèche d’origine minérale, organique ou synthétique, qui donne sa couleur à une peinture. Il est issu du broyage d’une substance, et se mélange au liant, huile, acrylique, gomme arabique ou autre, afin d’obtenir la peinture).

Il en existe un certain nombre. Aujourd’hui, certains ont été proscrits pour l’épuisement de leur gisement naturels ou pour leur toxicité. Mais ils sont remplacés par des pigments de synthèse tout aussi performants.

Voici quelques exemples de pigments bleus très anciens, qu’on ne  trouve plus aujourd’hui : le lapis-lazuli, et l’azurite (les pigments étaient issus du broyage de ces pierres semi-précieuses).

Azurite
Lapis-lazuli

En faisant une recherche chez les principaux fabricants de peinture, Royal Talens, Lefranc-Bourgeois, Winsor et Newton, Daler-Rowney, Sennelier, voici un condensé des bleus monopigmentaires les plus utilisés :

Bleu outremer  PB29 (aluminosilicate de sodium)

Autres noms : bleu Guimet, outremer français, ultramarine blue…

Essentiel sur la palette de tout peintre, il s’agit d’un bleu chaud, intense et profond tirant sur le violet, dont l’ancêtre est le lapis-lazuli, une pierre semi-précieuse que l’on broyait pour obtenir un pigment extrêmement onéreux. Au XIXème siècle, le chimiste Guimet découvre sa synthèse, ce qui en fait aujourd’hui une couleur très bon marché, mais non moins fascinante !

Référencé dans le Colour Index par le code pigment PB29, il est disponible en plusieurs nuances : clair ou foncé, plus violet, ou avec une nuance légèrement verte.

Son pouvoir colorant est relativement faible : c’est-à-dire que dans un mélange il en faudra une certaine quantité pour un niveau de coloration déterminé. Il est plutôt transparent.

Difficile à reproduire par mélange d’autres couleurs, il en perdrait clarté ou intensité. Bref, un grand incontournable 🙂 

Bleu de Prusse PB27 (ferrocyanine de fer)

Autres appellations : bleu de Berlin, bleu de Paris, bleu acier, bleu hussard, bleu de milori, bleu de Prusse Milori, bleu de Prusse Paris…

Le bleu de Prusse est issu d’un pigment bleu très foncé, tirant légèrement sur le vert, qui permet de formuler de très beaux verts lumineux et puissants, par mélange avec des jaunes : il entre en effet dans la composition de verts préparés à l’avance par les fabricants, comme le vert de Hooker. Il permet également d’obtenir par mélange de beaux noirs profonds et riches.

Il est synthétisé pour la première fois par le marchand de couleurs Diesbach à Berlin en 1706, mais de manière accidentelle. Celui-ci cherchait à reproduire un pigment carminé à base de cochenille et d’alun. Un jour, à court de potasse, il la remplace par une préparation potassée à base de sang d’animal, et obtient un colorant d’un bleu profond. 

Réputé salissant du fait de son grand pouvoir colorant, il s’utilise avec parcimonie. Il s’agit d’un pigment transparent, donc peu couvrant, mais néanmoins doué d’une grande force.

Depuis l’appartition du bleu phtalocyanine qui peut reproduire sa teinte unique (comme dans la photo ci-dessous), il est de moins en moins utilisé, mais garde toujours de nombreux adeptes. Il est référencé dans le Colour Index grâce au code PB27.  

 

Bleu de phtalocyanine PB15 (phtalocyanine de cuivre )

Découvert dans les années 1930, il est en pleine expansion tant ses propriétés sont diverses et avantageuses, pour un prix très bas. Il existe plusieurs versions de ce bleu : PB15:1, PB15:6 qui ont des nuances plus chaudes (rougeâtres), le PB15:3 qui correspond au bleu Cyan ou bleu primaire (un bleu très neutre, qui peut posséder un sous-ton verdâtre).

Transparent, son pouvoir colorant est malgré tout très puissant et fiable sur le long terme. 

Aujourd’hui, les nombreuses nuances qu’il propose lui permettent d’entrer dans la composition de beaucoup d’autres couleurs et nuances de bleu telles que : le bleu azur, bleu de France, bleu nuit, bleu persan, bleu manganèse, bleu phtalo tendance rouge, bleu lumière, bleu touareg, bleu hoggar, bleu hortensia etc… Chaque fabricant à ses petites variantes !

C’est notamment grâce à ce pigment qu’on trouve des imitations de bleu de céruléum, bleu de cobalt, bleu de manganèse, bleu indigo à des prix très accessibles, contrairement aux versions véritables de ceux-ci.

Autant dire que posséder du bleu phtalocyanine dans son panel de couleurs, offre la possibilité de nombreux mélanges réussis !

Dérivés : La phtalocyanine sans métal, PB16, donne un bleu turquoise foncé et terne, proche de l’onéreux turquoise de cobalt (PG50).   

Bleu de céruléum PB35 ( stannate de cobalt )

Autres noms : bleu caeruleum, bleu céruléen, bleu céleste

Ce pigment à la couleur bleu ciel tirant très légèrement sur le vert, donne un bleu opaque, couvrant presque lourd. Cela est dû à sa forte granulosité qui en fait un mauvais choix pour l’aquarelle selon les marques. Il n’a pas de grand pouvoir colorant pour autant.

Sa teinte unique l’a rendu célèbre. Il s’avère notamment très utile sur une palette pour composer de beaux gris colorés, ajouté à ses complémentaires et au blanc (vermillon, orange, ocres rouges).

Le pigment véritable reste toutefois très cher. Des nuances similaires sont disponibles dans une version d’imitation : un mélande de bleu de phtalocyanine et de blanc (titane ou lithopone), et/ou de jaune. Il est parfois reproduit par une combinaison de turquoise de cobalt (PB36), de cobalt (PB28) et de blanc de Titane (PW6).

Bleu de cobalt PB28 (aluminate de cobalt)

Le pigment bleu cobalt possède une teinte moyennement claire, chaude, riche, sereine, profonde, idéale pour installer une belle atmosphère dans un tableau. Le blanc pur l’éclaircit à merveille.

Il est semi-opaque, très présent. N’oubliez pas de compléter votre palette avec ce magnifique bleu, qui entre notamment dans la composition du bleu roi, pour sa pureté.

Le pigment véritable est disponible parmi les gammes de couleur les plus chères. Son imitation est souvent formulée à base de pigment outremer (PB29), de phtalocyanine (PB15), et de blanc de titane (PW6).

Toujours à base de cobalt, on trouve le bleu cobalt foncé (PB72 et PB74), le turquoise de cobalt (PB36), le bleu smalt (PB32), et le bleu céruléen (PB35).

Bleu indanthrène PB60 (indanthrone)

Autre nom : bleu indien, parfois indigo

Ce pigment de synthèse correspond à un bleu légèrement violacé, assez profond, de bonne résistance à la lumière. Il est transparent et possède un fort pouvoir colorant

Son utilisation est en baisse du fait de son prix très élevé.

Conclusion

Les codes des pigments peuvent être très intéressants à connaître afin de mieux déchiffrer les indications sur les tubes que vous achetez. Par exemple, si vous achetez un bleu de Prusse dont le nom du ou des pigment(s) de composition ne correspond(ent) pas à PB27, vous saurez alors qu’il s’agit d’une imitation !

Comme vous avez pu le constater sur les échantillons de couleurs disséminés tout au long de cet article, certains pigments reviennent bien plus souvent que d’autres dans la composition de certaines nuances, même si le nom de la couleur est différent sur le tube. Notamment le bleu de phtalocyanine, que l’on retrouve sur la quasi-totalité des nuances de bleus, de nos jours ! Celui-ci à l’état pur est donc un incontournable à posséder dans sa réserve de couleurs !

 Hélas, pour se faciliter la tâche, vous avez également remarqué que chaque bleu monopigmentaire possède un grand nombre de nuances. Par exemple, le bleu outremer peut avoir une variété de sous-tons allant du foncé au clair et du rouge au vert, en fonction du fabricant. A ce stade, la science ne peut remplacer l’expérience. A chacun de tester la nuance qui lui plaît !

Pour finir, j’espère sincèrement que cet article vous a intéressé, n’hésitez surtout pas à laisser un commentaire 😉 !

A très bientôt ! 

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Cet article a 4 commentaires

  1. Avatar

    merci pour les bleus j en utilise 3 : outremer, céruléum et cobalt, imitation car il est très cher.

  2. Avatar

    Merci article super intéressant 🎨🎨🎨🎨 J’attends ceux pour les autres couleurs 🙏🙏🙏🙏

  3. Avatar

    Merci pour vos précieuses indications je vais vous suivre le plus possible

  4. Avatar

    Concis et précis ! Bravo !

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