Comment savoir si votre tableau est terminé ?

C’est une question récurrente à laquelle l’artiste peintre est confronté à la fin de chaque création. C’est aussi une question délicate. Car la réponse nous paraît subjective, voire super-subjective. Il n’est pas possible d’établir de grands principes déterminant les « cases » indispensables à cocher pour finir une œuvre, tant il existe de profils artistiques, de styles, et de techniques de réalisation ! 🙂

Et de plus, c’est vous l’artiste, alors c’est à vous de décider in fine quand votre tableau est terminé, non ? En tout cas, sachez qu’il n’y a pas de solution toute faite. Pourtant, il est parfois difficile de savoir quand s’arrêter, et à quel moment on doit se souvenir du célèbre adage « le mieux est l’ennemi du bien ».

Allons, il doit bien exister des petits indices pour orienter notre jugement, non ? 😉

Déjà, êtes-vous satisfait de votre travail ?

La satisfaction est un facteur important. Mais là, je parle d’une satisfaction sincère, pas seulement d’une impression de réussite liée au fait d’avoir rempli tous les critères techniques enseignés à l’école des Beaux-Arts : lumière, harmonie des couleurs, profondeur ou que sais-je 😉 (je n’ai rien contre les Beaux-Arts rassurez-vous 🙂 ) Etes-vous satisfait du message, ou de l’émotion que vous faites passer à travers votre travail ?

Si vous sentez que vous avez exprimé dans votre oeuvre tout ce que vous vouliez dire, et bien obéissez à votre instinct. Ne vous forcez pas à continuer soit-disant pour l’améliorer, ne cherchez pas à tout prix l’erreur qu’il faudrait absolument corriger ou le truc à ajouter pour que le tableau plaise… aux autres !

Cette satisfaction peut être un premier indice 😉

La cohérence de l’ensemble

Il arrive souvent que, la fin du tableau approchant, nous sentions qu’il y manque encore quelque chose, sans pouvoir le définir précisément. Il reste alors une chose à faire : prendre du recul. Cela consiste à se détacher d’abord des détails de l’oeuvre et à regarder le tableau dans son ensemble. Posez-vous alors la question : « Est-ce que l’ensemble est cohérent ? Tout a-t-il sa place ? » Reculez de quelques pas et regardez-le à distance, la réponse devrait jaillir toute seule du tableau : que penser de la répartition des pleins et des vides ? L’ensemble est-il assez dynamique ? N’y a t-il pas trop de détails qui viendraient alourdir l’ensemble ? Prenez le temps de considérer le tableau dans sa globalité ! 

Pour moi, l’erreur la plus fatale pour l’achèvement d’une œuvre serait de se précipiter et la finir à tout prix, sans prendre ces temps de pause nécessaires pour adopter un nouveau regard sur son travail. Des pauses de 2, 15, 20 minutes, voire de plusieurs jours ou même de plusieurs semaines, que sais-je ! L’art c’est peut-être beaucoup de choses réunies, mais certainement pas de la précipitation 😉

Peut-être qu’au début, même en prenant du recul, vous ne verrez toujours pas les choses à améliorer, ou vous n’arriverez pas à vous faire d’avis. Le principal est d’affiner son jugement avec le temps, jusqu’à en faire trop parfois, pour comprendre le seuil à ne pas dépasser dans votre processus artistique. Tout un programme !

Le regard des autres peut être riche d’informations également. Certes, c’est vous l’artiste, c’est à vous de juger en premier lieu, mais il arrive que certaines énormités nous passent sous le nez et soient au contraire soulevées par notre entourage. Que voulez-vous, c’est humain 😉

L’importance des erreurs

Parfois, une touche ajoutée amène avec elle une nouvelle idée, qui donne à l’ensemble du tableau une nouvelle orientation. Quelque chose qui n’était pas prévu mais qui amène finalement de la sincérité à notre démarche. Il arrive qu’aller trop loin et être audacieux puisse être bénéfique et donne naissance à une nouvelle œuvre !

Parfois aussi, une touche ajoutée peut gâcher l’ensemble, et ruiner une partie du travail. Et malheureusement, l’erreur est difficilement rattrapable. Il est toujours plus facile d’ajouter que de soustraire un élément du tableau.

Pour rentrer un peu dans la théorie, il semble que le processus artistique fonctionne comme par étapes, par cycles. Chaque fin de cycle marque une sorte d’achèvement pour le tableau. Si l’étape est franchie, l’ensemble est comme changé, et même parfois gâché. Il a perdu une certaine cohérence.

Nous l’avons tous expérimenté quand, croyant améliorer encore notre toile, nous ajoutons un élément supplémentaire qui, au lieu de l’effet escompté, vient rompre un mystérieux équilibre. Pour rétablir cette équilibre et parvenir à l’achèvement du tableau, la seule solution reste d’aller jusqu’au palier suivant, c’est-à-dire de reconsidérer l’ensemble en fonction de ce qu’on a ajouté.

Nous avons tous, en tant qu’artistes, une conception de la création, un style, aboutis ou non, qui nous font préférer l’utilisation de tel effet, telle touche, telle couleur, ou tel procédé. Si nous ne faisons jamais trop (selon notre style), si nous n’allons jamais trop loin dans les « cycles » évoqués précédemment, comment savoir où s’arrêter, comment savoir quelle touche est de trop, laquelle n’est pas de trop ? C’est à ce niveau là également que l’erreur et l’apprentissage ont de l’importance. Evidemment, ces erreurs ne sont pas à provoquer pour soi-disant progresser, mais elles sont surtout à relativiser.

Le perfectionnisme est un défaut

Le perfectionnisme, qui peut vite devenir un défaut en peinture, guette bon nombre d’artistes voulant trop bien faire. Cette volonté est très louable et bénéfique, sauf quand elle devient une obsession empêchant de distinguer la limite à ne pas dépasser pour ne pas gâcher son ouvrage. Pour illustrer ce point, laissez-moi vous raconter une petite histoire, tirée de la célèbre nouvelle de Balzac : « le Chef-d’oeuvre inconnu » 🙂

Dans ce petit roman, Maître Frenhofer est un célèbre peintre qui a le don de donner une sensation de vie et d’expressivité à ses tableaux. Mais, il veut à tout prix réussir le chef-d’oeuvre parfait représentant la femme idéale, symbole de la perfection dont il rêve mais qu’il n’arrive jamais à atteindre dans ses peintures. Il passe dix ans sur un fameux « chef-d’oeuvre », faisant notamment poser un modèle à la beauté éblouissante. Une fois son tableau achevé, il l’expose à deux de ses amis peintres (dont Nicolas Poussin) et leur demande leur avis. Ceux-ci l’observent, mais ne parviennent pas à distinguer le sujet tellement l’ensemble est noyé dans une infinité de couleurs et de touches, excepté sur une infime partie du tableau où l’artiste avait laissé son expressivité première prendre le dessus. Désespéré de n’avoir pu atteindre la perfection, le peintre brûle toutes ses toiles et meurt peu après.

Vous l’avez compris, chercher à faire un chef d’oeuvre par tous les moyens, au lieu de laisser parler sa sensibilité, nuit non seulement au tableau mais à la démarche artistique même du peintre. Il ne développe pas son jugement propre ni son expressivité, il veut correspondre à tout prix à un idéal. Quel dommage !

Il vaut mieux permettre au spectateur de s’approprier l’oeuvre en lui laissant une porte ouverte, plutôt que trop lui en dire par une description trop précise exempte de toute émotion.

De plus, vouloir trop bien faire peut bloquer l’avancement du tableau, faisant toujours trouver des défauts et des choses à corriger, alors que ce n’est pas forcément le cas. 

Conclusion

Si vous voulez, la création d’une œuvre, c’est un peu comme la courbe d’une cloche : la première phase est ascendante, jusqu’au point culminant du tableau (qu’il faut apprendre à discerner). La deuxième phase est descendante.

Le tout est de savoir s’arrêter à temps, au point culminant 🙂

Bref, tout cela est un peu théorique, désolé 🙂 Alors finissons sur un petit récapitulatif concret : prendre du recul par rapport à son tableau, le regarder dans sa globalité. Relativiser ses erreurs car elles affinent notre jugement. Demander conseil à l’entourage. Et surtout jamais de précipitation !

Ces pistes de réflexion vous ont-elles aidé ? Etes-vous de cet avis ? Je serais ravie de lire le vôtre en commentaire !

A très bientôt 🙂

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Cet article a 2 commentaires

  1. Avatar

    Merci de vos conseils et de votre réflexion. Je fais de l’aquarelle et j’ai beau savoir que trop, c’est trop, souvent je ne peux m’empêcher de doner le “coup de pinceau qui tue”!

    1. Camille le Roux

      Bonjour Dominique! Oui en effet, s’arrêter demande parfois de se faire violence, voire d’avoir une véritable réflexion sur son travail. Pas toujours évident mais très enrichissant 😉

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